Le nouveau parcours muséal ne se limite pas à une nouvelle répartition des œuvres dans les espaces d’exposition : il s’accompagne surtout d’une vaste campagne de conservation et de restauration, sans précédent pour les collections du musée de Sens. Le musée a ainsi confié à Annika Roy, conservatrice-restauratrice du patrimoine, près d’une vingtaine de cadres et de peintures.
Annika Roy, diplômée de l’Institut national du patrimoine, est habilitée à travailler sur les collections publiques françaises. Installée en Bourgogne, elle collabore aujourd’hui avec le Musée de Sens, après avoir participé durant deux années à la restauration des peintures de Notre-Dame de Paris au sein de l’équipe d’Isabelle Chochod. Pour le musée de Sens, elle s’est attelée à la restauration de peintures de Jean Cousin, Lacroix de Marseille, Pietro Tempesta, Carolus-Duran pour les plus connus. Ces peintures retrouveront bientôt les cimaises du musée et se présenteront au public sous un jour renouvelé.
Un métier à la croisée de l’art et de la science
« Le métier de conservateur-restaurateur, explique Annika Roy, consiste à la fois à stabiliser les œuvres, à leur redonner une lisibilité pour le public, et à agir sur leur environnement pour prévenir leur vieillissement. » Au-delà de l’émotion, le travail de la restauratrice repose sur une éthique claire : réversibilité, transparence et respect de l’original. Rien n’est improvisé, tout est documenté. « Notre rôle n’est pas de rendre les œuvres “neuves”, mais lisibles. Le meilleur compliment, c’est quand on oublie qu’elles ont été restaurées, » précise-t-elle. Chaque œuvre est un cas particulier. Certaines demandent un simple dépoussiérage, d’autres une véritable restauration fondamentale. Dans les deux cas, le travail débute toujours par une étude approfondie : constat d’état, analyses des matériaux, observation sous différents éclairages.
Faire uniquement ce qui est nécessaire
L’une des œuvres, attribuée à Pietro Tempesta, a nécessité une approche poussée. Plusieurs restaurations anciennes avaient modifié sa lecture. « La toile originale avait été rentoilée, entourée d’un papier de bordage, et était recouverte d’un vernis jaune et oxydé qui uniformisait l’ensemble, raconte Annika Roy. Nous avons ouvert des “fenêtres de test” pour étudier la solubilité des couches à retirer et définir le protocole de nettoyage. C’est un travail de précision, mené en concertation avec les responsables du musée. » À l’inverse, la peinture du peintre Lacroix n’a nécessité qu’une intervention légère : décrassage, retouches ponctuelles et réencadrement. « Parfois, ne pas trop en faire est aussi une forme de respect pour l’œuvre, souligne la restauratrice. L’important, c’est d’intervenir uniquement sur ce qui est nécessaire. »
Le réencadrement préserve l’intégrité de l’œuvre
Le réencadrement, souvent méconnu du public, joue un rôle essentiel. Ajustement des calages, pose de pattes de maintien, protection de la feuillure : chaque détail compte pour éviter les frottements et garantir la stabilité de la toile. « On pense souvent que la restauration s’arrête à la surface du tableau, mais le cadre aussi joue son rôle protecteur. »
Préserver pour transmettre
Les œuvres restaurées par Annika Roy seront bientôt visibles dans le nouveau parcours muséal du Musée de Sens. Certaines retrouveront leur place dans les nouvelles salles permanentes, d’autres seront présentées pour la première fois au public. « Voir ces peintures reprendre vie, c’est une immense satisfaction, confie-t-elle. Ce sont des témoins d’histoire que nous accompagnons à traverser le temps. »




