Après plusieurs mois passés dans les ateliers spécialisés d’ARC-Nucléart à Grenoble, l’une des œuvres les plus emblématiques des collections sénonaises fait son grand retour. À l’occasion des Journées européennes de l’archéologie, les 13 et 14 juin, les visiteurs pourront redécouvrir la célèbre statue d’Épona, véritable trésor du patrimoine gallo-romain.
Surnommée par les spécialistes la « Joconde du musée de Sens », cette exceptionnelle sculpture équestre datant des IIIe et IVe siècles après J.-C. occupe une place unique dans l’histoire de l’archéologie. Découverte en 2009 lors de fouilles préventives à Saint-Valérien, près de Sens, elle reposait au fond d’un puits antique avec un riche mobilier métallique. Dès sa découverte, les archéologues comprennent qu’ils sont face à une œuvre hors du commun.
Une œuvre unique au monde
La singularité d’Épona tient d’abord à sa conception. La statue est constituée d’une âme de bois recouverte de fines plaques de bronze travaillées selon la technique antique du sphyrélaton. Les artisans ont porté un soin remarquable aux moindres détails : drapés du vêtement, coiffure, anatomie du cheval et même incrustations de pâte de verre. Aujourd’hui, il s’agit du seul exemple conservé de sculpture antique en bois plaqué de bronze connu dans le monde.
La déesse représentée n’est pas inconnue des historiens. Épona, dont le nom dérive du mot gaulois epos signifiant « cheval », était une divinité associée à la fertilité, à la prospérité et à la protection. Vénérée par les peuples celtes, elle fut ensuite adoptée par les Romains et honorée dans tout l’Empire.


Une restauration de haute précision
Si une première intervention d’urgence avait été menée en 2010, l’état de conservation de l’œuvre nécessitait une nouvelle campagne de restauration. Profitant de la fermeture temporaire du musée pour la refonte de son parcours muséographique, les équipes du musée de Sens ont confié l’œuvre à ARC-Nucléart, centre de référence international dans la conservation des matériaux organiques.
Pendant plusieurs mois, restaurateurs, chercheurs et spécialistes ont multiplié les analyses. Des examens physico-chimiques, une étude des essences de bois utilisées ainsi qu’une tomographie ont permis d’explorer l’intérieur de la sculpture sans l’endommager. Ces investigations ont révélé sa structure, identifié les zones fragiles et apporté de précieuses informations sur ses techniques de fabrication.
Les restaurateurs ont ensuite procédé au nettoyage de la surface, à la consolidation des parties fragilisées et à la stabilisation des éléments métalliques. Les derniers travaux ont permis de redonner toute sa lisibilité et sa splendeur à cette œuvre exceptionnelle.
Une nouvelle mise en valeur
De retour à Sens début juin, Épona prendra place dans une vitrine spécialement conçue pour assurer sa conservation à long terme. Équipée d’un contrôle climatique et d’un éclairage intégré, elle offrira aux visiteurs des conditions d’observation inédites tout en garantissant une protection optimale de l’œuvre.
Cette installation s’inscrit pleinement dans le nouveau parcours muséographique du musée de Sens, pensé comme un récit de l’histoire du territoire. Épona en constituera l’une des pièces maîtresses, présentée dès la première salle du parcours face à un dispositif numérique permettant de mieux comprendre la richesse du Sénonais depuis les origines jusqu’à l’aube du Moyen Âge.
Une rencontre avec la restauratrice
Pour accompagner ce retour très attendu, le musée proposera le samedi 13 juin une conférence exceptionnelle de Floriane Hélias, conservatrice-restauratrice du patrimoine archéologique chez ARC-Nucléart. Elle reviendra sur les différentes étapes de cette restauration hors norme et dévoilera les découvertes réalisées au cours de l’étude de l’œuvre.
Une occasion rare de découvrir les coulisses de la conservation du patrimoine et de redécouvrir l’un des plus précieux témoignages de l’époque gallo-romaine conservés en France.




